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Mon compagnon, avec lequel nous avons maintenant une petite fille, avait eu une dépression avant que nous nous rencontrions. Mais, pendant six ans, il a été parfaitement bien, sans traitement ni suivi. Il travaillait en tant que technicien et faisait en même temps des études en formation continue pour devenir ingénieur. Il est très courageux, il accorde beaucoup d’importance au travail, comme moi d’ailleurs. Alors qu’il venait de changer d’emploi tout en continuant à rédiger son mémoire de fin d’études, en 2013, il a eu une rechute. Je me demande si cette situation stressante n’en est pas la cause finalement. Il a été hospitalisé, le diagnostic de schizophrénie a été posé plus tard. Il a eu un traitement qu’il a arrêté un jour à mon insu.

L’année dernière, cela n’allait pas, vraiment pas. Il n’allait plus à ses rendez-vous, j’ai décidé de l’accompagner à l’hôpital de jour. La psychiatre a remarqué que j’étais moi-même perdue. Elle m’a parlé, m’a conseillé de suivre le programme Profamille. Sans me forcer mais en me donnant un délai assez court pour me décider. J’avais confiance en cette femme. J’ai accepté. Heureusement, car cela m’a vraiment aidée.

En fait, ma belle-mère m’avait déjà parlé de Profamille, mais j’avais cru comprendre qu’il s’agissait d’un groupe de paroles, ce dont je ne voulais pas parce que j’allais trop mal et n’étais pas prête à recevoir la parole de personnes en difficulté.

Ce qui m’a plu dès le début a été d’apprendre ce qu’est la maladie. Bien qu’infirmière, je n’y connaissais rien. Maintenant que je comprenais les symptômes, j’étais moins surprise par les réactions de mon compagnon. Par contre, il m’a été difficile d’entendre que la schizophrénie est une maladie chronique, que seulement 20% des malades retravaillent etc. Il a fallu que j’entreprenne un gros travail sur moi, que j’accepte qu’il y ait eu un avant et qu’il y ait un après.

En fait, j’étais venue avec beaucoup d’appréhensions parce que suis mal à l’aise dans les groupes en général. Mais malgré les personnalités très différentes de chacun, on a toujours respecté les ressentis et les opinions des uns et des autres. C’était chaleureux. J’ai pu faire connaissance de personnes que je n’aurais jamais rencontrées autrement. 

A la fin des séances, j’ai eu l’impression d’un grand vide, mais j’ai aussi apprécié d’avoir plus de disponibilité pour mieux appréhender les choses, ce qui est un peu compliqué pendant la formation qui est concentrée sur peu de temps.

On nous avait donné des astuces pour être moins anxieux. Je les ai appliquées. Ça a eu l’effet immédiat de faire baisser mon stress. Et, du coup, il y a eu moins de tension dans notre famille. Je suis sortie de cette attitude, mes croyances ont changé. J’ai appris à m’ouvrir plus aux autres, à voir aussi les choses positives. Par exemple, j’ai ouvert un petit carnet dans lequel je note les événements positifs de la journée.  Aujourd’hui, on ne survit plus, on vit.

J’aurais quand même espéré voir plus de bénéfices chez mon compagnon, qu’il prenne plus d’initiatives. Encore que c’est en dents de scie. Hier par exemple, il a fait tant de choses qu’on aurait pu croire à une journée « comme avant ».

Profamille m’a aidée à comprendre ce que la maman de mon compagnon pouvait ressentir. On s’entendait bien, mais il pouvait aussi y avoir des moments de tension. Aujourd’hui, les relations sont plus simples avec elle.

Dans ma vie professionnelle aussi, j’utilise les techniques Profamille, notamment quand je suis confrontée à une relation anxiogène, avec les personnes malades ou avec mes collègues. La méthode des « 4P » pour féliciter les patients est aussi très efficace. Et je me sers aussi de ce que j’ai appris pour déjouer les croyances automatiques. Ça fait du bien.  

Chaque soignant devrait suivre Profamille dans le cadre de la formation continue. Il y avait justement un infirmier dans le groupe. Il a beaucoup appris en croisant le regard des parents. Les infirmiers à l’hôpital ne connaissent pas suffisamment la maladie. Par exemple, je n’en ai jamais vu un seul proposer à mon compagnon de démarrer une activité lorsqu’il était en hospitalisation.

Mes craintes, comme beaucoup de proches, c’est que son état n’évolue pas. Au fond mon espoir est qu’il retrouve une vie heureuse comme avant. Qu’il retrouve aussi un travail, mais que d’abord il soit bien. Avant, j’aurais mis le travail en tout première priorité. Ma vision des choses a changé…