PromesseS utilise des cookies pour vous offrir le meilleur service possible. En continuant votre navigation, vous en acceptez l'utilisation.


Marie Pierre II
Portrait de Marie-Pierre publié dans le livret "Paroles de Profamille", paru en mars 2018,
et qui contient dix des témoignages publiés sur ce site






Un programme différent, venu du Canada





A cette époque, nous étions en conflit permanent ma fille et moi. Un jour j’ai cherché sur internet des infos sur la schizophrénie. Je suis tombée rapidement sur une émission de télévision en replay, sur France 5, de Michel Cymès. Il parlait de Profamille. J’ai été convaincue dans les 5 minutes. J’ai tout de suite pensé, c’est génial, c’est ce qu’il me faut. J’ai contacté Dominique Willard, la responsable Ile-de-France. C’était en mars. En juin, j’avais la chance d’être prise à la session suivante. Aujourd’hui, je suis en 2e année.



Premier bénéfice : la connaissance des déficits dus à la maladie

Je savais que ce programme était différent, qu’il venait du Canada, un pays réputé pour ses méthodes alternatives… Tout cela me donnait espoir. Mais en fait il m’a apporté encore bien plus que ce que je n’espérais. Ce qui m’a le plus servi c’est la connaissance de la maladie. Vous me direz, ces infos se trouvent sur internet. Mais moi j’ai eu besoin du professionnel, d’être accompagnée. C’est comme la gym, on sait que c’est bon, mais on ne le fera pas seule chez soi, il faut le prof et le groupe.

La seule contrainte de ce programme a été pour moi l’investissement en temps. J’ai un travail très prenant, et en plus de la séance hebdomadaire de 4 heures, il me fallait libérer 6 heures à la maison chaque semaine pour revoir le cours. Mais en échange, quel enrichissement. Maintenant en 2e année de Profamille je suis en phase de consolidation de mes connaissances. C’est le moment aussi de resserrer le lien avec les autres parents.

Ce qui m’a été bénéfique tout de suite, c’est la connaissance des déficits de la maladie. Avant même d’aborder les séances sur la communication qui viennent plus tard dans le programme, j’ai pu adapter immédiatement mon discours. Quand vous apprenez ce qu’est le déficit de la mémoire en schizophrénie, vous ne pouvez plus dire à votre enfant : « depuis le temps que tu habites ici, tu devrais savoir où on range les assiettes ». 

Parallèlement, la formation m’a apporté l’apaisement, le recul, la disparition de la boule au ventre. Avant quand C. m’appelait au travail pour me dire « il y a le feu à la table de la cuisine » j’y croyais. Aujourd’hui je lui réponds « ce n’est pas grave on verra ça ce soir en rentrant » (rire). Je ne fais plus de surprotection, de surinvestissement comme on dit dans le cours. Je m’en sens mieux et elle aussi.



Savoir écouter, ça désarme les conflits en germe

La troisième étape a été la communication. Savoir écouter, savoir communiquer factuellement, ça désarme les conflits en germe. C. est devenue une autre. Elle ne communiquait pas, maintenant elle communique. Peut-être a-t-elle aussi mûri à 21 ans ? Elle est maintenant totalement désinhibée. Mes amis et ma famille n’en reviennent pas non plus.

Elle sait que j’ai suivi cette formation, j’ai même affiché le diplôme dans ma chambre. Ca la fait rire, elle ne le prend pas très au sérieux : «c’est encore des trucs de psy » dit-elle. Elle a un suivi médical minimum, au CMP tous les mois et demi pour sa piqûre. C’est l’occasion pour moi aussi d’appeler la psychiatre qui la suit, de montrer que je suis là, mais on ne peut parler de suivi au vrai sens du terme.

Mon autre fille, de 19 ans, ne s’intéresse pas non plus au Programme. Je dirais même qu’elle fait exactement le contraire de ce que l’on nous enseigne (rire). Mais je comprends, c’est très dur pour elle d’être la sœur. Surtout à son âge, on ne peut pas s’attendre à ce qu’elle s’implique.


L'impact du témoignage

J’ai entendu parler de la nouvelle association Promesses et je suis venue à l’assemblée générale. J’en attends deux choses essentielles : que le programme Profamille devienne une alternative répandue, accessible à tous et que l’on fasse changer le regard sur la schizophrénie. Pour cela, je crois vraiment à l’impact du témoignage. J’ai d’ailleurs témoigné récemment dans le journal de mon quartier.

Et puis je rêve aussi que les parents soient présents dans l’hôpital, qu’ils soient des partenaires reconnus, pas seulement à titre individuel quand leur proche est malade, mais en association dans l’hôpital.

Si seulement j’avais été informée par les soignants sur la maladie et ses symptômes quand C a été hospitalisée entre ses 14 et 18 ans, j’aurais su comment la prendre lors de ses séjours à la maison Mais on ne m’a rien dit. Comme, de plus, on ne m’a même pas donné de diagnostic pendant 5 ans, je ne savais pas comment m’orienter.


Comment je me vois dans 10 ans ? (hésitations) Je nous vois surtout chacune de son côté. Plus sous le même toit. Moi menant une vie tout à fait normale. Et C., je… ne la vois pas trop, c’est une inquiétude, j’espère autonome; mais au fond je ne la vois pas. Je m’accroche beaucoup à l’espoir de l’évolution de la science, à une nouvelle molécule. 

Mais en tout cas, je nous vois toujours très liées, et moi prête à intervenir, en maman responsable."

Pin It