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DENIS


Portrait publié dans le livret "Paroles de Profamille", paru en mars 2018,
et qui contient dix des témoignages publiés sur ce site




J'ai pris ma plus belle plume



Pendant un an et demi, mon fils était dans sa période comment dire… de nuages. On voulait le tuer, il rampait dans le couloir… puis ça a passé peut-être grâce à la psychiatre de ville qu’il voyait. Mais j’en avais quand même assez car sa vie était difficile. Un voisin dont le fils est bipolaire m’a parlé de l’Unafam dans la ville voisine. J’y suis allé. Une dame m’a dit «vous faites comme vous le décidez mais il n’y a qu’une chose à faire c’est de le faire hospitaliser».


Une décision difficile

Je l’ai fait. Avec l’aide de cette dame, j’ai prévenu l’hôpital, une ambulance est venue le chercher. La police est venue aussi à la fin, heureusement il était déjà parti. Je suis un peu vache d’avoir fait ça ; il n’était pas vraiment en crise ce jour-là, mais c’était quand même impossible à vivre. Et puis sa mère n’était pas d’accord. Et mon fils l’a appelée au moins dix fois « je suis malheureux, on veut m’enfermer ».  On est dans un petit village, c’est pas facile aussi vis-à-vis des voisins.

Alors que mon fils était encore à l’hôpital, j’ai acheté Le Figaro. Je ne l’achète qu’une fois par an. J’ai eu de la chance. Je suis tombé sur un article d’un monsieur qui écrivait sur Profamille. Je ne sais pas qui c’était, quelqu’un qui disait qu’il avait un fils qui était schizophrène et qu’il avait entendu parler de ce programme et qu’il était prêt à lâcher son boulot pour aller au Canada.J’ai pris ma plus belle plume et ai écrit à l’Unafam qui m’a mis en contact avec le Dr B. qui organise Profamille dans ma région.

On est un groupe de 7, aujourd’hui nous en sommes à la moitié de la première année. Même à mon âge, j’ai 70 ans, ce n’est pas difficile de suivre. Je trouve que c’est assez enthousiasmant ! Ce que je regrette c’est que pour ma femme, Profamille c’est une secte (rire), elle n’a pas accepté la maladie, elle dit que c’est de ma faute.



Savoir ce que c'est, c'est très important

Mon fils a eu des tests, à l’hôpital ils n’ont jamais voulu me dire si mon fils était schizophrène, ils m’ont dit qu’il fallait au moins six mois. Eh bien, quand j’ai vu la maladie telle qu’elle nous est expliquée par Profamile, j’ai compris que je savais depuis six mois de quoi il souffre. Moi j’ai vécu avec mon fils, je le sais. Savoir ce que c’est, c’est très important, de même que connaître les traitements. Les gens de Profamille nous expliquent la maladie, nous disent où il faut insister, enfin ils nous informent, ce qui me semble normal !

Dans la formation, il y a des trucs qui sont faciles, les 4P par exemple : être toujours content, le féliciter, j’y arrive encore. D’autres choses n’étaient pas faciles. Comment répondre à mon fils quand il dit : « Je suis foutu, je ne travaillerai jamais » ? J’en ai parlé pendant le cours ; la prof m’a répondu : « à un moment, il faut lui expliquer que la vie n’est peut-être pas que le travail » (rires). Je l’ai dit ensuite à mon fils.



C'est une maladie, c'est "normal"

Au début je croyais que le programme Profamille nous donnerait des méthodes toutes faites. Il y en a c’est vrai, mais il faut aussi se les faire soi-même ces méthodes pour les adapter à son cas; ce n’est pas toujours évident. Une chose est que ça apprend à s’ouvrir aux autres qu’on le veuille ou non. Et à voir que c’est une maladie qui existe bel et bien. J’avoue que maintenant j’en parle facilement ; à mon fils aussi, j’ai peut-être tort je ne sais pas. C’est une maladie,  elle peut arriver, elle arrive partout, c’est « normal ». L’image de la maladie est importante. C’est un syndrome qui est répandu, or on parle maintenant facilement d’Alzheimer chez les personnes âgées, pourtant il y a autant de schizophrènes. 

Ma mort ne me fait pas peur. Ma femme, ça l’épouvante. Moi je vis au jour le jour. Je ne peux plus vivre avec le futur lointain. Je suis peut-être naïf mais je crois que mon fils pourra s’en sortir en grande partie. D’ailleurs, je viens d’apprendre qu’il y avait un programme comme Profamille, mais pour les malades, qui est dispensé dans notre région. Je vais l’inscrire. 

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